Aude GG et l’INA narrent les femmes du XXe siècle

Une leçon d’histoire en quelques minutes. Après un an de travail entre la comédienne Aude Gogny-Goubert (Aude GG) et l’Institut national de l’audiovisuel (INA), Virag’INA est née. La websérie documentaire est disponible sur YouTube, depuis le 23 mai 2019. Cinq épisodes de lancement sont postés chaque jeudi soir, jusqu’au 20 juin 2019.

Le tout premier de la série Virag’INA porte sur le droit à l’avortement.

Tout commence lors de l’appel à projets INALAB 2018. Un événement destiné aux jeunes créateurs de contenus vidéo. Le but : proposer des programmes originaux en se servant d’images fournies par l’INA, parmi plus de deux millions d’heures d’archives. La comédienne et vidéaste Aude Gogny-Goubert (Aude GG) fait partie des lauréats avec son idée « Virago-INA ».

Elle s’est en fait inspirée du travail réalisé sur sa chaîne YouTube depuis 2017, en compagnie de son équipe et de son coauteur Adrien Rebaudo. Une production du nom de « Virago ». La websérie retrace en 26 vidéos – pour le moment – le parcours et les combats de femmes qui ont « transcendé leur milieu social, leur religion, leur époque ou les contraintes politiques, pour faire des choses extraordinaires partout dans le monde ». Aude Gogny-Goubert y est chroniqueuse. Cependant, elle se glisse aussi dans la peau de personnalités historiques. Un rôle parfois confié à d’autres collègues comédiennes.

Dans l’épisode consacré à Christine de Pizan, on apprend que la philosophe et poétesse revendiquait l’égalité entre les deux sexes. La femme de lettres a par exemple rédigé en 1405 un manifeste où elle regrettait et condamnait (déjà) l’insécurité des femmes en milieu public.

La sélection des femmes présentées se fait d’après un coup de cœur partagé avec Adrien Rebaudo, ou par la construction de diffusion.

« Pendant une journée de tournage, je vais enregistrer quatre épisodes et traiter de quatre personnages diffusés au fur et à mesure ». Tous doivent être différents, puisque l’intérêt est de traverser tous les milieux, cultures et époques.

Ces vidéos, de temps en temps saupoudrées d’humour, se veulent surtout éducatives et extrêmement fidèles à l’Histoire.

L’exercice de recherche est en effet très précis. « Il y a un gros travail de documentation, puis on passe à l’écriture et on fictionnalise le personnage. On se sert de références historiques, pour le maquillage ou les costumes. Soit on se rapproche beaucoup d’une personne parce qu’on a eu sa représentation, soit elle est issue d’une époque trop éloignée. Dans ce cas, j’interprète le fantasme de ce que j’ai envie de représenter », précise-t-elle.

« « Virago » est un terme très péjoratif, désignant une femme aux allures masculines. Aujourd’hui, c’est presque une insulte. Ce terme a glissé au XIXe siècle. J’ai eu envie de rétablir sa définition originelle, qui décrit une femme courageuse, brave, une héroïne, une guerrière. »

Aude Gogny-Goubert, dite « Aude GG », comédienne, vidéaste et chroniqueuse pour Virago et Virag’INA.

Virag’INA se distingue de cette première production par toutes les archives mises à disposition par l’INA. Seule contrainte : lancer la série avec cinq épisodes. Aude Gogny-Goubert et Adrien Rebaudo ont donc choisi des sujets qui, selon eux, ont été fondateurs de la cause des femmes au XXe siècle. « On a recherché des lois qui ont été portées par une incarnence », indique la comédienne. Des documentalistes les ont alors aidés dans cette tâche, sélectionnant les extraits les plus pertinents pour appuyer les propos de la chroniqueuse.

« On a regardé des centaines d’heures d’archives pour attraper la petite phrase qui va faire avancer la narration de l’épisode ».

Dès le début de la série, les internautes peuvent ainsi (re) découvrir le combat pour le droit à l’avortement avec la loi Veil. Le droit de vote est représenté par la journaliste et femme politique Louise Weiss. Virag’INA parle aussi du combat pour l’égalité sociétale à travers la journaliste et femme politique Françoise Giroud. Ensuite, un autre épisode aborde celui pour l’égalité salariale. Il est en outre porté par Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme de 1981 à 1986. Enfin, un dernier épisode s’arrête sur les grands moments du MLF, le Mouvement de libération des femmes, avec le témoignage d’Anne Zelensky, ancienne professeure et militante féministe.

Virago : bientôt le livre ?

Le but d’Aude Gogny-Goubert est de transmettre ce qu’elle considère comme « passionnant ». Elle espère d’ailleurs que son travail amènera le public à s’intéresser de plus près à ces différents sujets.

Et les hommes, dans tout ça ? Elle ne compte pas les mettre de côté. « Beaucoup d’hommes ont aussi lutté pour la parité », a-t-elle concédé lors du live de lancement, le 23 mai dernier. De plus, ils trouveront peut-être toute leur place dans un futur livre, dérivé de Virago, où une soixantaine de portraits seront déclinés. « Le droit des femmes, ce n’est pas du tout une question de femmes. C’est une question de société, elle appartient à tout le monde. Les hommes ont droit à la parole là-dessus. Il ne faut pas lutter contre l’exclusion en en créant une autre », conclut-elle.

Photo de couverture : Capture d’écran Virag’INA
Texte : Mélanie DOMERGUE

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