Le film « We want sex equality » met l’égalité à la sauce 70’s

Années 70. Des ouvrières britanniques de Ford entament une grève pour réclamer le même salaire que les hommes. De cette histoire vraie, le réalisateur britannique Nigel Cole en a produit un film : « We want sex equality (Made in Dagenham) », sorti en 2010.

Le film britannique revient sur la colère des employées britanniques de l’usine Ford en 1968.

Une égalité inconcevable. Dagenham, 1968. Le groupe Ford rayonne dans le monde entier. Une usine du constructeur automobile est d’ailleurs implantée dans la banlieue londonienne. 55 000 hommes y sont employés, contre 187 femmes… Le décor est planté. C’est avec cette information que s’ouvre We want sex equality (Made in Dagenham), soit Nous voulons l’égalité des sexes (Fait à Dagenham), un film biographique et britannique, réalisé par Nigel Cole.

Il raconte la grève des machinistes couturières de cette usine en 1968, et les négociations menées avec détermination pour obtenir une parfaite égalité salariale entre hommes et femmes. À l’époque, les ouvrières ignorent pourquoi leur salaire est inférieur de 15 % à celui des hommes du même classement. Leurs questions demeurent sans réponse.

Quand elles comprennent que seul leur sexe en est la cause, leur colère s’accroît. Un combat auquel a pris part Barbara Castle, à l’époque secrétaire de l’État à l’emploi et à la productivité. 

« T’auras pas à parler, c’est les hommes qui font ça »

Cette grève a duré trois semaines. Elle a permis le vote de l’Equal Pay Act 1970, loi d’égalité de salaires, la toute première visant à éliminer cette disparité salariale. En appuyant le combat de ces ouvrières, Barbara Castle leur a assuré un taux de rémunération seulement inférieur de 8 % à celui des hommes, puis un salaire égal l’année suivante.

Scénario oblige, le spectateur retrace ce moment d’histoire en suivant de près les péripéties de Rita O’Grady. La couturière accepte d’abord de quitter pour une journée son atelier, afin d’accompagner le syndicat à une réunion importante. Le but : demander pourquoi la hausse de salaire revendiquée quelques mois plus tôt par les couturières n’a toujours pas été prise en compte. On la veut présente, mais pas actrice. Et pourtant, la voilà qui quitte son rôle de « bonne femme » pour enfiler celui de militante. Elle aussi a une voix, et elle compte se faire entendre.

Photo de couverture : DR
Texte : Mélanie DOMERGUE

L’AVIS DE LA RÉDACTION
Préparez-vous à replonger dans l’ambiance de la fin des années 60. Si pin-up et hommes machos sont bien au rendez-vous, cette représentation fidèle sert avant tout une cause : la colère justifiée des femmes. Sans jamais tomber dans le pathos, le film permet au spectateur de prendre toute la mesure du combat mené à Dagenham par les machinistes couturières de Ford.

Au début du film, la femme est présentée comme l’homme la voit : une belle créature, agréable à regarder, mais qui n’a pas le droit à la parole. On est encore loin de l’égalité. Regroupées dans leur entrepôt insalubre, les couturières s’activent ensuite avec rage et font gronder leurs machines. Leur révolution se fait déjà entendre. Les répliques sexistes s’enchaînent : « Que diraient vos maris s’ils vous voyaient ? », « Il fait chaud aujourd’hui, alors mesdames, mettez un bikini et restez au frais », ou encore « T’auras pas à parler, c’est les hommes qui font ça ».

Des remarques qui font rire jaune, lever les yeux au ciel ou soupirer. Certaines nous semblent aussi —malheureusement— toujours d’actualité, signe que des mentalités n’ont pas encore évolué. Bien vite, la frustration du spectateur rejoint celle du personnage principal, Rita O’Grady, incarnée par Sally Hawkins. Quand la révolte éclate, les remarques désobligeantes des hommes s’estompent jusqu’à la fin du film, laissant toute la place à la détermination des ouvrières.

Dans plusieurs scènes, We want sex equality (Made in Dagenham) nous dresse une caricature de ces années 60. Le trait est grossier. On imagine bien le spectateur hoche la tête et répéter à son voisin qu’il était nécessaire de changer les choses. Pour incarner ses héroïnes, le réalisateur Nigel Cole n’a pas choisi des superstars américaines feignant un accent britannique. C’est tant mieux ! Durant le générique, le témoignage des véritables ouvrières renforce le côté authentique et engagé de ce film. We want sex equality (Made in Dagenham) sonne toujours d’actualité. La route est encore longue…

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