Ingrid Ulrich, révélée par le sport

En route vers le Grand Nord. Ingrid Ulrich, professeure en éco-gestion, est aussi passionnée de stand up paddle (SUP). En mars 2020, la voilà partie pour le nord du cercle polaire. Chacune de ses réussites est un espoir et une inspiration pour les femmes, qui, comme elle, sont ou ont été victimes de violences conjugales ou d’un cancer.

Son sourire, Ingrid Ulrich le porte toujours haut. Il est le symbole de sa joie de vivre et de sa détermination. La Gardoise a une soif d’aventures qu’elle ne parvient pas à étancher. Ses envies d’ailleurs, elle les cultive depuis toute petite. La découverte de nouveaux paysages l’a toujours fascinée. Quand elle se décide à faire le grand saut, elle trouve là son salut.

La vie n’a pas été tendre avec elle. D’abord épouse d’un mari violent, elle perd peu à peu confiance en elle et en sa force physique. Â ce quotidien difficile s’ajoute une chute de cheval, qui la force à passer un an dans un fauteuil roulant.

Et pourtant, elle refuse de se laisser abattre. La peur de ne plus jamais poser un pied devant l’autre n’aura pas raison d’elle. Elle se promet d’avancer et de ne jamais abandonner le moindre de ses projets. Elle réapprend à marcher à son rythme, elle se sépare de son compagnon et débute une nouvelle vie avec ses filles. En 2014, elle découvre le stand up paddle (SPU), un sport de glisse nautique. Il consiste à se tenir debout sur une planche, plus longue que celle de surf, et à ramer. Cette discipline éveille en elle des sensations fortes et un goût pour la liberté.

Ingrid Ulrich était aussi la marraine de l’édition 2019 de la Zontienne. Crédit photo : Ingrid Ulrich

C’est décidé, le nouveau chapitre de sa vie s’écrira avec une pagaie. Cette découverte la pousse à se (re) découvrir, à repousser ses limites et à apprécier cette introspection.

Elle a envie de savoir de quoi elle est capable. Très vite, quelques défis s’imposent dans son esprit, et avec eux, surviennent les premières inquiétudes des proches. Si elle entend leurs mises en garde, cela ne suffit pas à l’en décourager. Nous sommes en 2015. Son idée : partir seule du côté du Groenland. « Je voulais prouver qu’une femme pouvait y arriver, sans aucune assistance, sans l’aide d’un homme », explique-t-elle. Néanmoins, toujours en phase de reconstruction, elle repense son projet et se décide pour l’Islande. Le Groenland reste dans un coin de sa tête.

« Rien n’est impossible, et encore moins pour une femme »

Elle réalise sa première expédition en octobre 2015. Elle découvre l’Islande dans toute son hostilité : tempête de neige, températures glaciales… Elle rame au milieu d’icebergs, nage entre des failles, se retrouve seule face à l’immensité de la nature. De ce face-à-face avec elle-même, elle en tire une grande force et revient sur le sol français avec une envie de plus. L’aventure l’appelle. Elle veut prouver à ses proches de quoi elle est capable. Et de marteler : « Rien n’est impossible, et encore moins pour une femme ».

Sa détermination la pousse à relever plusieurs défis en 2016. En juin, elle relie la mer Méditerranée à l’océan Atlantique en stand up paddle (SUP). Soit un total de 600 km parcourus à la force des bras, et en 10 jours.

En juillet, Ingrid Ulrich se lance sur la trace des derniers Indiens Arawak, en Dominique et dans les Petites Antilles, en faisant du trek, mais en ne délaissant jamais le SUP. Quelques mois plus tard, elle traverse la Méditerranée en SUP, de Fréjus à Calvi. Près de 39 heures d’efforts, pour 190 km parcourus. Enfin, en octobre de la même année, la voilà qui craque pour la mer Égée, toujours avec son SUP, ainsi que pour les îles Dodécanèse : elle effectue 250 km en 12 jours de rame. Partie sur une bonne lancée, sa confiance en elle retrouvée, la vie lui réserve pourtant encore une mauvaise surprise. On lui diagnostique un cancer du sein l’année suivante.

Les îles norvégiennes sont la dernière destination en date d’Ingrid Ulrich.

De cette autre épreuve, Ingrid Ulrich en tire une nouvelle force. Ni l’ablation d’un sein, ni la chimiothérapie, ni sa perte de cheveux ne parviennent à la faire s’effondrer. Au fond d’elle, elle sait déjà ce qui va la maintenir en vie : reprendre ses explorations dès que possible. Cette fois, le Groenland s’impose. Elle sera la première femme à ramer et explorer cette région du monde en stand up paddle.

En juin 2018, elle passe 24 jours à naviguer en eaux polaires. Partie de la côte ouest du Groenland, à 250 km au nord du cercle polaire arctique. Elle rejoint le village de chasseurs-pêcheurs d’Oquaatsut et rame ensuite vers la baie de Quervain. Seule, elle n’en oublie pas la sécurité. Elle s’équipe d’une balise de détresse Géotraceur, permettant l’intervention du moyen de secours le plus approprié en cas d’extrême urgence. Pour pallier la solitude et rassurer ses proches, elle embarque avec elle un téléphone satellite Iridium.

Mélanie Domergue
Ingrid Ulrich invite aussi les personnes malades ou en rémission à faire du canöe-kayak, du stand up paddle ou de la nage, pour leur montrer l’importance de pratiquer une activité physique, pendant ou après une maladie.

Derrière ce défi, plusieurs buts. D’abord, l’envie d’apporter une preuve supplémentaire au public des dangers du réchauffement climatique. Ingrid Ulrich entend aussi tirer la sonnette d’alarme concernant les risques de la pollution sur la santé, en comparant la nôtre à celle des Inuits. Mais pas seulement.

Promouvoir le développement personnel à travers le sport

Cette expédition est l’occasion de prouver que rien ne peut arrêter une femme : ni les drames de la vie, ni la maladie.

De retour en France, elle témoigne de son expérience dans des instituts de cancer. Elle y parle de l’intérêt de pratiquer une activité sportive. Son témoignage, elle le fait aussi entendre auprès des jeunes, leur rappelant toute l’importance de la persévérance, de la confiance en soi et en ses rêves, et de l’urgence climatique.

Ingrid Ulrich apporte aussi tout son soutien aux personnes malades et aux femmes, qui, comme elle, ont été victimes de violences conjugales, ou d’un cancer. Elle a créé l’association “Au-delà de l’océan”, qui promeut le développement personnel à travers le sport. Plusieurs séances (gratuites pour les personnes malades) sont disponibles : nage, canoë-kayak et stand up paddle sont au programme.

Les personnes en rémission sont également invitées à y participer. Les objectifs, créer des moments de partage, s’entraider. « Faire du sport et partir en expédition, ça m’a aidé à mieux gérer ce qui m’arrivait. Je veux montrer aux autres les bienfaits d’une activité physique, pendant et après une maladie. » Le tout dans une bulle bienveillante et attentive au vécu de chacun.   

Photo de couverture et photos : Ingrid Ulrich
Texte : Mélanie DOMERGUE

Infos : Pour suivre les prochaines aventures d’Ingrid Ulrich, consultez son blog.

Un portrait d’Ingrid Ulrich est également à découvrir du 2 au 13 mars 2020, lors de l’exposition « L’estime de soi », Imparfaits, libres et heureux !, signée Karima M, installée à la Maison de la Région de Nîmes (21, allée Boissy-d’Anglas, Nîmes). Vernissage prévu le jeudi 5 mars 2020 à 18 h 30. Cette exposition entre dans le cadre de « La Quinzaine de l’égalité en Occitanie ». Le but de ce rendez-vous annuel est de sensibiliser le public aux progrès à réaliser en matière d’égalité hommes-femmes. Les maisons de la Région présentent plusieurs manifestations pour promouvoir les droits des femmes.

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