Culture National

Une « femme porcelaine » mise en scène pour sensibiliser aux violences conjugales

La Compagnie du Prélude travaille actuellement sur "Femme porcelaine", une pièce de théâtre reprenant une quarantaine de témoignages d’anciennes victimes de violences conjugales. Des messages émouvants et violents, mais tous porteurs d’un même espoir, celui de parvenir à s’en sortir.

Mettre des mots sur les maux. Depuis plus de six mois, la Compagnie du Prélude, située dans le Loiret, travaille sur l’adaptation théâtrale de Femme porcelaine, ouvrage publié en septembre 2020 chez Publiwiz éditions. L’auteur, Mehdi Heraut-Zérigui, en est également le metteur en scène. L’œuvre aborde la douloureuse thématique des violences conjugales. Une pièce née grâce à une quarantaine de témoignages, et dont la première devrait avoir lieu à l’automne 2021.

Une femme porcelaine peut se fissurer. Elle peut même être brisée. Néanmoins, elle peut aussi être réparée. Les stigmates seront peut-être toujours là, mais elle se relèvera et restera debout. Les violences, quelles qu’elles soient, sont vécues différemment par chacun. Dès lors, comment les représenter sur scène et transmettre le bon message ? Mehdi Heraut-Zérigui n’en est pas à son coup d’essai. L’écrivain et directeur artistique de la Compagnie du Prélude a déjà dirigé des pièces traitant de violences ou de stigmatisations en raison du sexe.  

Femme porcelaine repose sur des rencontres. Au départ, Mehdi Heraut-Zérigui suit une formation de communication non violente. Au cours d’un atelier, les élèves sont placés en binômes et doivent partager une histoire marquante de leur vie. Il fait alors la connaissance d’une ancienne victime de violences conjugales, qui lui raconte son parcours. À ce moment-là, il écrivait déjà un texte à propos des femmes, mais il n’était pas inspiré de la réalité.

Le récit de sa collègue le touche et provoque en lui un déclic : il doit donner la parole à ces femmes. Nous sommes alors en novembre 2019. L’élève lui propose de le mettre en relation avec d’autres anciennes victimes de violences conjugales. S’en suivent trois mois de rencontres et d’échanges, durant lesquels Mehdi Heraut-Zérigui fait la connaissance d’une quarantaine de personnes, dont trois hommes, deux d’une cinquantaine d’années, et un autre, âgé d’une vingtaine d’années. Eux ont été témoins de ces violences durant leur enfance.

« Chaque entretien a duré environ deux heures, mais j’avais très peu de questions à poser. Un climat de confiance s’est installé, j’ai surtout écouté. Je n’ai rien forcé : les rencontres se faisaient par téléphone, au café, tout dépendait des préférences des personnes interviewées », confie le metteur en scène. Ces différents récits, enregistrés avec consentement, Mehdi Heraut-Zérigui prend le temps de les digérer et de les comprendre. Il laisse ensuite sa plume s’exprimer, et s’inspire de l’histoire de chacun pour créer : bribes théâtrales, monologues, chansons, poésies… Un recueil de 40 chapitres prend forme. Chacun débute par une citation, en lien avec la personne interrogée.

Ces divers témoignages se cristallisent en la personne d’Abigaëlle Baumgartner, personnage fictif qui libère progressivement ces fresques de vie. L’importance de la parole est telle que l’adaptation théâtrale s’impose comme une évidence.

Une expérience théâtrale et cinématographique

Sur scène, quatre comédiennes donnent une voix à Abigaëlle, à celles et à ceux qui ont accepté de partager leurs histoires. La scénographie se veut post-moderniste et sobre, sans coulisses : c’est un plateau ouvert. L’espace est découpé en plusieurs zones : une partie plateau télé, une autre pour le salon, une troisième pour la cuisine/la chambre, et enfin, une zone destinée à un écran géant.

femme porcelaine Mélanie Domergue
Le plateau, ouvert, est aussi séparé en différentes parties.

« Une perche son et une caméra sont présentes sur le plateau. Elles vont de personnage en personnage, ce qui créé un plan séquence en continu. En parallèle, on retranscrit sur un écran géant tout ce qui se produit sur scène. Le spectateur assiste ainsi à du théâtre et à une vision plus cinématographique de ce qui se passe sous ses yeux. »

Mehdi Heraut-Zérigui, metteur en scène

Le public peut ainsi choisir de s’imprégner des attitudes, des expressions des visages, Si les mots sont parfois violents, l’émotion est aussi suscitée par la musique : un piano, un violoncelle et un accordéon accompagnent les répliques.

« Notre but n’est pas absolument pas de buzzer autour des violences conjugales, ou d’en faire un discours politisé. La pièce n’a pas non plus valeur de distraction, mais bien de sensibilisation. D’ailleurs, depuis sa création en 2015-2016, notre compagnie se veut porteuse de messages », ajoute Louis de La Rochefoucauld, le responsable de la communication.

Covid oblige, la première de Femme porcelaine, initialement prévue en novembre 2020, a dû être reportée. Elle devrait avoir lieu autour du 25 novembre 2021, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Photos : La Compagnie du Prélude
Texte : Mélanie Domergue

Infos : Femme porcelaine est disponible aux éditions Publiwiz éditions (12 €).

POUR SUIVRE LA COMPAGNIE DU PRÉLUDE SUR INTERNET :

(1 commentaire)

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :