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Athlètes transgenres et discrimination : la victoire de Lia Thomas fait débat

Dans cet article, nous revenons sur cet épisode et la violente polémique qui en est née. C’est aussi l’occasion pour nous de rappeler quelques pionniers de l’inclusivité dans les sports de hauts niveaux : la coureuse canadienne Joanna Harper et les athlètes Renée Richards et Chris Mosier.

Le 17 mars 2022, la nageuse Lia Thomas devient la première nageuse transgenre médaillée d’or lors des championnats universitaires de la NCAA. Mais cette victoire fait polémique. Contestée aussi bien par ses concurrentes que par des personnalités publiques, elle relance le débat autour de l’inclusion des athlètes transgenres dans les sports de compétition.

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La nageuse Lia Thomas parle à son coach pendant une compétition à Harvard.
Crédit photo : Josh Reynolds

Les championnats prenaient place à Georgia Tech, à Atlanta. Ils ont vu s’affronter les nageuses de haut niveau de 39 universités américaines. Parmi elles figurait Lia Thomas, dont la participation pour l’Université de Pennsylvanie faisait déjà polémique. En effet, elle n’avait fait que deux ans et demi d’hormonothérapie, contre les 3 ans recommandés par USA Swimming. Des manifestants s’étaient d’ailleurs entassés devant les portes de Georgia Tech dans une tentative de lui refuser l’entrée à la compétition. Cependant, et malgré la violence des injures à son égard, Lia a remporté la première place en 500 m de nage libre, une victoire à caractère historique puisqu’il s’agit de la première victoire d’une athlète transgenre en première division de la NCAA.

Une victoire pour la communauté trans, mais qui suscite une violente polémique

Huée sur le podium, la jeune femme a depuis fait face à nombre de critiques. Parmi elles, sa rivale, Reka Gyorgy, nageuse pour l’Université de Virginie et athlète des J-O 2016 pour la Hongrie, qui n’avait pas pu se qualifier pour la course, a déclaré être frustrée par la décision de la NCAA de laisser Lia concourir, un choix qui, selon elle, est néfaste pour le sport féminin. Mike Pence, l’ancien vice-président américain, ainsi que Ron DeSantis, gouverneur de Floride, ont tous deux contesté la victoire de la nageuse transgenre, et déclaré Emma Weyant – finaliste des championnats – gagnante à leurs yeux.

Devant cette vague de transphobie, beaucoup ont également présenté leur soutien à Lia Thomas. Sa concurrente, Erica Sullivan, qui concourait pour l’Université du Texas et est arrivée troisième, liste les véritables dangers qui menacent le sport féminin : les violences sexistes et sexuelles, les inégalités salariales et les inégalités de ressources, ainsi qu’un manque de femmes aux postes de direction.

« Les femmes transgenres ne sont nulle part sur cette liste », ajoute-t-elle.

Schuyler Bailar, nageur transgenre pour la NCAA, s’est également exprimé sur les réseaux sociaux. Il a dénoncé la violence des propos tenus contre Lia, ainsi que les mensonges véhiculés sur sa performance. Il réclame notamment que la NCAA ne succombe pas aux pressions politiques et continue de protéger ses membres transgenres dans une lettre ouverte. Erica Sullivan, ainsi que 321 autres athlètes universitaires et olympiques ont signé cette lettre.

Pourquoi l’exclusion des personnes transgenres dans le sport est-elle problématique ?

Les femmes transgenres subissent un nombre de critiques disproportionné par rapport à leurs homologues masculins. Souvent accusées de bénéficier « d’avantages biologiques injustes », elles restent majoritairement exclues des sports de compétitions féminins.

L’argument premier en faveur de leur exclusion ? Les femmes transgenres possèdent un taux de testostérone trop élevé. Les niveaux de testostérone, bien plus élevés chez les hommes, sont responsables de favoriser le développement musculaire. Beaucoup d’institutions sportives de haut niveau, comme les Jeux Olympiques, ont par conséquent instauré un taux maximum de testostérone de 5nmol/L chez les femmes, par souci d’égalité, et afin d’éviter les dopages. Ce protocole s’est pourtant avéré problématique. En effet, des femmes cisgenres avec des taux de testostérone naturellement élevés ont été exclues de compétitions. On peut citer par exemple Christine Mboma et Beatrice Masilinigi, athlètes Namibiennes qui se sont vu refuser leur participation aux 400m des J-O 2020 à Tokyo.

De même, les analyses médicales avant compétitions révèlent parfois des « différences de développement sexuel » (DDS), autrement dit des anomalies génétiques qui se traduisent par une discordance entre les attributs sexuels et les chromosomes ou gonades. Les DDS causent souvent des taux de testostérone plus élevés que la moyenne. Doit-on alors bannir les personnes atteintes de DDS des sports de haut niveau ? Où est donc la place des personnes intersexuées dans un monde si catégoriquement binaire que celui du sport?

Des études ont démontré qu’un taux de testostérone élevé ne correspond pas nécessairement à une meilleure performance. De plus, les avantages biologiques « injustes » dénoncés par les opposants à l’inclusion transgenre représentent une partie admise des sports de compétition. Par exemple, Michael Phelps n’est-il pas avantagé par sa taille, la longueur de ses bras, sa flexibilité ? Pourquoi n’est-il pas injuste de le laisser concourir alors qu’il bénéficie d’atouts physiques que ne possèdent pas ses concurrents ?

Pionniers de l’inclusivité dans le sport de haut niveau : quelques athlètes transgenres à connaître

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Joanna Harper, basée à l’Université de Loughborough, estime qu’il est raisonnable d’inclure les athlètes transgenres dans les championnats de haut niveau. Crédit photo : Joanna Harper.

Joanna Harper, coureuse canadienne, est la première personne transgenre à être consultante pour le Comité International Olympique (CIO). Étudiante en doctorat, elle effectue des recherches autour de la transition hormonale pour les athlètes transgenres, et de son implication pour la participation transgenre aux compétitions sportives.

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Renée Richards a dû se battre au tribunal pour obtenir son droit de concourir. Crédit photo : PA images.

Renée Richards est l’une des premières athlètes transgenres reconnues dans le monde du sport de compétition. Joueuse de tennis professionnelle américaine, elle a participé dans la division féminine pour la première fois en 1977, après avoir été refusée de la compétition en 1976. Un documentaire illustrant son combat, intitulé Renée, a d’ailleurs été réalisé en 2011 par Eric Drath et Nathan Frankowski.

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Chris Mosier, athlète de triathlon américain, n’a malheureusement pu finir l’épreuve de marche rapide pour cause de blessure. Crédit photo : Chris Mosier.

Porte-parole pour la communauté LGBTQ+, Chris Mosier est l’un des premiers athlètes transgenres – avec Quinn, Laurel Hubbard et Chelsea Wolfe – à avoir concouru aux J-O 2020 dans la division à laquelle il s’identifie. Actif sur les réseaux sociaux, il défend les droits des personnes transgenres et s’est exprimé en soutien à Lia Thomas.

Crédit photos : Josh Reynolds, Joanna Harper, PA images et Chris Mosier

Texte : Pauline GAUVRIT

POUR SUIVRE L’ACTIVISME TRANSGENRE SUR INTERNET AVEC SCHUYLER BAILAR :

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