Culture National

Mieux comprendre le transgénérationnel féminin avec « Hey Mummy! Project » du 31 mai au 5 juin

Le transgénérationnel féminin est au cœur de l’expo-événement "Hey Mummy! Project", du 31 mai au 5 juin 2022 à la Galerie 59 Rivoli (Paris).

Le transgénérationnel féminin se nourrit de traditions et de croyances, mais aussi de ce qui se transmet de génération en génération, consciemment ou inconsciemment. Ces mémoires de femmes constituent notre héritage. L’exposition-événement « Hey Mummy! Project » réunit 15 artistes femmes exposantes et performeuses, de la vingtaine à la septantaine. Elles vous donnent rendez-vous du 31 mai au 5 juin 2022 à la Galerie 59 Rivoli (Paris 1er). Retrouvez ci-dessous le programme, ainsi que l’interview des deux commissaires d’exposition, Caroline Bravo et Sandrine Follère.

transgénérationnel féminin Mélanie Domergue
Ces 15 artistes féminines participeront au nouvel opus de l’exposition-évènement.

Des réflexions intergénérationnelles qui s’entrecroisent, tant dans la démarche artistique que dans la pratique. C’est là toute la richesse de ce deuxième opus, protéiforme et transdisciplinaire. L’exposition regroupe en effet diverses œuvres artistiques : installations, sculptures, dessins, photographies, vidéos et performances. Vous pourrez les admirer dès le mardi 31 mai à partir de 13 h. Le vernissage, lui, aura lieu de 19 h à 22 h. Dix artistes exposantes présenteront leurs créations au public :

  • l’artiste franco-libanaise, plasticienne et performeuse, fondatrice du Laboratoire des Arts de la Performance (LAP) : Nour Awada ;
  • l’artiste italienne : Sara Basta (Rome) ;
  • l’artiste transdisciplinaire, performeuse et art curator : Caroline Bravo ;
  • l’artiste plasticienne, performeuse et musicienne : Anne Bravy ;
  • l’artiste pluridisciplinaire, réalisatrice, danseuse et performeuse : Victoria Donnet ;
  • l’artiste sculpteur, plasticienne et art curator : Sandrine Follère ;
  • l’artiste pluridisciplinaire franco-autrichienne : Julie Genelin ;
  • la réalisatrice et photographe italienne : Pamela Maddaleno ;
  • l’artiste sculpteur et performeuse : Sophie Parienté / soX ;
  • l’artiste visuel multimédia : Marcy Petit (Londres).

Sans oublier les performances de Caroline Bravo, Anne Bravy, Victoria Donnet, Julie Genelin, Emily Holmes, Émilie McDermott, Christy Nguyen, Sophie Parienté, Nataska Roublov et Jacqueline Samulon.

Quatre soirées à ne pas rater

Dès le lendemain, une soirée « Rencontres et signatures » (de 19 h à 21 h) sera l’occasion de rencontrer des spécialistes. Ils partageront ainsi leurs connaissances sur plusieurs thématiques. Génosociogramme, répétition, reproduction, transfert, fantômes familiaux, transmission, réseaux féminins et féministes dans le domaine artistique, devoir de mémoire nécessaire et essentiel. Voici les intervenantes qu’il ne faudra pas manquer :

  • Christine Ulivucci, psychanalyste transgénérationnelle, fondatrice de l’Atelier de Recherche sur le Transgénérationnel. Elle est aussi auteure de Ces photos qui nous parlent et de Psychogénéalogie des lieux de vie (Éditions Payot) ;
  • Charlotte Foucher Zarmanian, historienne de l’art. Hélène Marquié, professeure en Arts et études de genre. Frédérick Duhautpas, musicologue et maître de conférences. Ils sont co-auteurs de Médiatrices des arts, pour une histoire des réseaux féminins et féministes. Ce sera d’ailleurs la soirée de lancement officiel de cet ouvrage, qui sera en librairie le 9 juin. (Éditions Presses universitaires de Paris Nanterre) ;
  • Frankie Wallach, réalisatrice du film Trop d’amour et Pauline Guéna, co-autrice (avec Julia Wallach) du livre Dieu était en vacances (Éditions Grasset).

Place ensuite à la soirée de performances avec des artistes féminines du L.A.P. (Laboratoire des Arts de la Performance), le vendredi 3 juin, de 19 h à 22 h. Une soirée de finissage aura lieu le samedi 4 juin, de 18 h à 21 h. L’occasion d’échanger avec les artistes exposantes et de présenter au public les projets partenaires. Cet événement sur le transgénérationnel féminin prendra fin le dimanche 5 juin à 20 h.

« Il y a une vingtaine d’années (…) les femmes artistes étaient encore invisibilisées »

Interview des deux artistes et commissaires d’exposition, Caroline Bravo
et Sandrine Follère

D’où est venue l’idée de l’exposition-évènement ?

Caroline Bravo : Sandrine et moi nous connaissons depuis 20 ans. Nous avons collaboré au début des années 2000 sur un projet d’exposition qui s’intitulait « 8 Femmes sculpteurs ». En mars 2020, Sandrine avait une exposition prévue dans une galerie parisienne. J’étais pour ma part en résidence à la galerie Michel Journiac (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne). Le soir où le Président de la République a annoncé l’entrée de la France en confinement, je faisais une performance publique lors des Journées Journiac, et Sandrine était présente. Tous nos projets artistiques ont alors été annulés pour une durée indéterminée.

Il nous est donc apparu comme une nécessité de transformer ce temps suspendu et d’impulser une dynamique proactive. « Hey Mummy! Project » est né de notre désir de co-créer un espace résilient dans lequel la sororité aurait une place centrale. Nous avons dès lors travaillé en étroite collaboration sur le premier opus, qui a eu lieu en septembre 2021.

Sandrine Follère : Notre réflexion sur la place des femmes artistes dans le milieu professionnel était déjà présente il y a une vingtaine d’années. Il y avait encore un tabou autour de la visibilité de la création féminine sur le marché de l’art. Je souhaiterais apporter un éclairage particulier sur la question de l’invisibilité et de la disparité hommes-femmes artistes. Nous n’en parlions pas librement comme on le fait aujourd’hui. En outre, la conscience de cette réalité était beaucoup moins vive et présente qu’actuellement.

C.B. : Au cœur de notre désir et de notre réflexion, il y avait la volonté de faire un pont entre les sciences humaines et les arts. En somme, nous souhaitions aborder la thématique du transgénérationnel féminin avec une approche transdisciplinaire. À la fois sur le plan artistique, puis pour inviter des spécialistes et universitaires à s’exprimer sur la question en apportant une mise en lumière psychanalytique, anthropologique et historique.

Comment ce projet sur le transgénérationnel féminin a-t-il été financé ?

S.F. : Ce deuxième opus est porté par l’association « OOps! ACC, organisme œuvrant pour le soutien à l’art contemporain & la culture » qui permet la défiscalisation des dons (particuliers et entreprises). Une campagne de financement participatif a été mise en place. Elle a trouvé un écho très favorable auprès d’un nombre croissant de mécènes et contributeurs. Cela a contribué à l’essor du projet, et est de bon augure pour nos futurs opus. Nous avons effectivement pour ambition de continuer à œuvrer et proposer au public des projets pluridisciplaires, dont « Hey Mummy! Project » en France et à l’étranger.

Comment avez-vous sélectionné les artistes ?

C.B. : Certaines des artistes sélectionnées faisaient déjà partie du premier opus. Nous avons également reçu grand nombre de propositions d’artistes femmes qui souhaitaient rejoindre le projet. Nous nous rendons compte, à mesure que le projet se déploie, à quel point la thématique du transgénérationnel féminin est fédératrice et interpelle. Ce deuxième opus de « Hey Mummy! Project » réunit des artistes qui viennent de toute la France, mais aussi de Londres, de Rome et de Florence.

« Une invitation à une déambulation, à un voyage au cœur d’une lignée de femmes »

Que peut-on y apprendre sur le transgénérationnel féminin ?

S.F. : Cette exposition a pour objectif de montrer la diversité et la singularité des propositions artistiques. Le féminin est au cœur du dispositif, dans toute sa pluralité. « Hey Mummy! Project » est un creuset où s’élaborent des pistes de réflexion, des pistes d’émotions. D’ailleurs ce qui est intéressant, c’est la manière dont les artistes exposantes, les artistes performeuses et les intervenants se sont approprié le sujet. La thématique est sous-jacente dans ce qui est montré, comme dans ce qui ne l’est pas.

Beaucoup de choses se situent dans cette dualité implicite-explicite. Le transgénérationnel est abordé tantôt sous l’angle de la maternité, de l’absence, des rites de passage… Tantôt sous celui du lien indéfectible intergénérationnel, de la mémoire, de la filiation et de la transmission. Par exemple, les installations de l’artiste italienne Sara Basta (voir ci-dessous) évoquent sa mère de manière intimiste et poétique.

C.B. : Cet événement est avant tout une invitation à une déambulation, à un voyage au cœur de lignées de femmes.

Que pouvez-vous déjà nous dire sur la scénographie de l’exposition ?

C.B. : La scénographie est ponctuée d’éléments archétypaux : le cordon rouge – symbole primitif, universel, appartenant à l’inconscient collectif – ; la représentation du corps – dans tous ses états d’être ou en simple évocation – qui dans sa matérialité devient corps symbolique, oscillant entre Éros et Thanatos. Le regardant est convié à s’abandonner à l’expérience du sensible.

Avez-vous un mot de la fin ?

S.F. : Nous sommes heureuses de ce second opus riche en partenariats. Nous avons le soutien et la confiance de partenaires tels que la Mairie de Paris, les éditions Grasset, les Presses universitaires Paris Nanterre, les éditions Payot, la maison d’édition Anamosa, le magazine Causette et nos mécènes. C’est un honneur d’accueillir des intervenants invités qui ont la générosité de venir partager le fruit de leurs réflexions, de leurs recherches, de leurs travaux. Et aussi de recevoir cinq projets partenaires impulsés par des femmes : [Re]production, Les Passionariarts, Le Cercle de l’Art, le L.A.P. (Laboratoire des Arts de la Performance) et Art Prise. « Hey Mummy! Project » est d’abord une histoire de femmes.

Photos : Florent OULLIÉ, Veronica BILLI, Carlo ROMANO
Texte : Mélanie DOMERGUE

POUR SUIVRE « HEY MUMMY! PROJET » SUR INTERNET :

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